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    LL'île de Giovanni

    PRÉSENTATION

    Titre : L'île de Giovanni
    Titre original : ジョバンニの島 (Joban'ni no Shima)
    Type : film d'animation
    Genre : shônen, historique, drame
    Durée : 1 x 102 minutes
    Année de production : 2014
    Langues : version française et version japonaise sous-titrée en français

    L'HISTOIRE

    1945 : après sa défaite, le peuple japonais vit dans la crainte des Forces américaines. Au nord du pays, dans la minuscule île de Shikotan, la vie d’après-guerre s’organise dans la peur de l’invasion. Ce petit lot de terre, éloigné de tout, va finalement être annexé par l’armée soviétique. Commence alors une étrange cohabitation entre les familles des soldats soviétiques et les habitants de l’île que tout oppose, mais l’espoir renaît à travers l’innocence de deux enfants, Tanya et Junpei...

    RÉCOMPENSES

    01-Annecy 02-Fantasia 03-Fantasia 04-Nueva Mirada 05-Scotland Loves Animation
    06-Chicago Int'l Children's Film Festival 07-Chicago Int'l Children's Film Festival 08-Japan Media Arts Festival 09-Japan Academy Prizes 10-Mainichi Film Awards

    LA PRESSE EN PARLE

    « Un récit émouvant sur une page méconnue de l’histoire japonaise. » Studio Ciné Live

    « Poésie, tendresse et toutes les émotions du coeur sont distillées dans cette production de Mizuho Nishikubo. » Ouest France

    « On en prend plein les yeux. » Le Parisien

    SITE OFFICIEL

    LES PERSONNAGES

    Junpei Kanta Tanya Tatsuo
    Junpei Senô Kanta Senô Tanya Koshkina Tatsuo Senô
    Vladimir Hideo Sawako Genzo
    Vladimir Koshkina Hideo Senô Sawako Genzô Senô

    LE CONTEXTE HISTORIQUE

    Pendant la conférence de Yalta de février 1945, le président américain Franklin D. Roosevelt demanda à l’Union soviétique d’attaquer l’Empire du Japon dans les trois mois suivant la défaite de l’Allemagne nazie. Pour compenser son effort en Asie de l’Est, l’URSS recevrait la Sakhaline du sud (Karafuto pour les Japonais) et les îles Kouriles, les territoires cédés au Japon par la Russie impériale en 1905. Staline accepta, respecta sa promesse et l’armée rouge annexa tous les territoires concernés par l’accord à partir du 28 août, soit deux semaines après la capitulation du Japon face aux Alliés.

    Les Soviétiques et les citoyens japonais vécurent côte à côte sur ces îles oubliées dans un coin isolé du monde pendant presque deux ans, puis les habitants japonais furent transférés à Sakhaline et rapatriés au Japon en 1947.

    Suite à des propos contradictoires entre l’accord de Yalta (février 1945), la déclaration de Postdam (juillet 1945) et le traité de San Francisco (septembre 1951), le Japon décida de réclamer les quatre îles occupées par l’Union soviétique. En effet Etorofu, Kunashiri, Habomai et Shikotan, sont historiquement rattachées à Hokkaido (les îles les plus au nord de l’archipel japonais). Le Japon fit valoir ainsi que ces territoires ne pouvaient être inclus dans les accords de Yalta et devaient lui être rendus, position réfutée par l’Union soviétique. Les États-Unis déclarèrent que ce désaccord devait être réglé entre les deux pays. Aujourd’hui, aucun traité de paix permanent n’a été signé entre le Japon et l’Union soviétique ou son état successeur, la Fédération de Russie. Les quatre îles sont toujours un sujet de dispute permanent.

    L’île de Giovanni décrit le drame vécu par les habitants de la petite île de Shikotan, qui se retrouvent en une nuit de l’autre côté d’une nouvelle frontière dessinée à la fin de la guerre. Les événements décrits dans ce film s’inspirent de la vie de M. Hiroshi Tokuno, tels qu’il les a racontés aux producteurs. Il a servi de modèle pour le personnage principal, Junpei. Tokuno a fraternisé avec ses nouveaux voisins russes, mais quand le rapatriement de tous les Japonais a commencé, les événements ont hélas pris une tournure dramatique. Tokuno continue de visiter Shikotan deux fois par an, et a toujours de très bons amis parmi la communauté russe de l’île.

    Tous les personnages soviétiques du film ont été doublés en russe. Les enregistrements se sont déroulés à Moscou en septembre 2013, et Production I.G remercie tous les professionnels russes qui ont compris l’esprit du projet et ont apporté leur enthousiasme et leur précieuse collaboration pour rendre ce film possible.

    LA GENÈSE DU PROJET

    La production du film a débuté quand le scénariste Shigemichi Sugita prit connaissance de l’exposé d’un jeune Américain qui avait étudié les îles Kouriles. Il présenta à Sugita une compilation de témoignages de gens qui avaient habité sur l’île de Shikotan durant l’occupation soviétique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tout avait été réuni en un seul recueil : la confusion et le malaise des habitants, le contact avec les Russes, leur vie dans le camp d’internement de Karafuto quand les habitants y furent envoyés en plein hiver, puis leur rapatriement de force vers le continent.

    Sugita chercha tout d’abord à en faire un film en prises de vues réelles. Il alla à la rencontre des natifs de Shikotan, fit des interviews détaillées et commença à écrire une histoire inspirée de ces faits réels. Cependant, il s’aperçut rapidement qu’il était impossible de filmer sur place, et qu’il serait trop coûteux de construire des décors conformes à la réalité historique. Il en arriva à la conclusion que l’histoire était trop épique pour l’adapter en un film live.

    C’est à cette époque que des projets de films d’animation furent considérés pour commémorer le 50e anniversaire de la création de la Japan Association of Music Enterprises. JAME cherchait un moyen de laisser derrière elle une oeuvre de témoignage pour les futures générations. Il fut décidé de créer une oeuvre décrivant aux enfants des événements qui ne devaient pas tomber dans l’oubli, et c’est ainsi que le format de l’animation fut choisi. De son côté, Sugita voulait transmettre aux futures générations ce qu’il avait hérité de ses parents à travers une oeuvre forte. C’est ainsi que ce projet qui avait été laissé à l’abandon pendant cinq ans ressuscita sous la forme d’un film d’animation, produit par le studio Production I.G.

    Sugita, qui n’avait aucune expérience dans les films d’animation, fit venir Yoshiki Sakurai, qui avait travaillé sur Ghost in the Shell: Stand Alone Complex, pour écrire le scénario. Le travail commença à l’automne 2011, et il visita Karafuto en novembre pour récolter des informations. Ensuite, il alla à Nemuro où il rencontra Hiroshi Tokuno, le modèle du personnage principal du film. « Tu dois y aller. Tu ne peux pas comprendre ce qui s’est passé si tu ne t’y rends pas. C’est comme ça que tu prends conscience des choses » raconte Sugita.

    L'HISTOIRE VRAIE DE HIROSHI TOKUNO (1)

    Les troupes soviétiques débarquent
    Le 1er septembre 1945, à 7 h 30 du matin, des navires de guerre et des bateaux de transport de troupes apparaissent soudainement et sans prévenir dans la baie Shakotan de l’île de Shikotan. Près de 700 soldats russes débarquent. À l’époque, environ 300 personnes vivaient sur l’île. M. Tokuno, âgé alors de 11 ans, raconte que les habitants étaient persuadés qu’ils étaient venus pour les tuer. Ils pensaient être bientôt envahis par l’armée américaine, alors l’arrivée des troupes soviétiques accentua leurs craintes. L’armée impériale comptait 3000 hommes mais aucune discussion ne fut possible à cause du comportement autoritaire des troupes soviétiques.

    Une fois débarquées, les troupes s’emparèrent des biens des habitants. M. Tokuno vivait avec sa famille dans une zone isolée de l’île et fut donc épargné un certain temps par ces confiscations, mais au début du printemps de l’année suivante, les huit membres de sa famille emménagèrent dans un grenier sans fenêtre où ils vécurent pendant deux ans. On trouve d’ailleurs dans le film une scène où la maison de Junpei est confisquée par les troupes soviétiques, et la famille est obligée de vivre dans une écurie. Ils se nourrirent du stock de riz laissé par l’armée japonaise, des légumes qu’ils cultivèrent et de la pêche.

    Interaction avec les enfants russes
    Peu après, les familles des soldats arrivèrent par vagues. Les enfants japonais, notamment M. Tokuno et son petit frère âgé de 2 ans, commencèrent à interagir avec les enfants russes. Ils se battirent et jouèrent sur les plages de sable blanc de la baie de Shakotan. Les filles firent des colliers de pissenlits. Tanya, la fille d’un officier, « était très jolie », se souvient M. Tokuno. Elle a servi de modèle pour le personnage de Tanya. Il raconte aussi que sa mère était très belle, et qu’elle donnait à son frère et lui des bonbons et du pain blanc faits maison fourrés de beurre et de sucre.

    L'HISTOIRE VRAIE DE HIROSHI TOKUNO (2)

    La vie dans le camp d’internement de Sakhaline et le retour au Japon
    À l’automne 1947, il fut décidé de rapatrier de force tous les habitants de l’île sur le continent. Ils devaient momentanément rester à Sakhaline (appelé Karafuto par les Japonais ainsi que dans le film et par la suite dans ce document), et ils furent entassés sur des bateaux début octobre. Les toilettes de fortune installées sur le pont débordaient quand la mer se déchaînait, et après dix jours serrés les uns contre les autres à supporter les mauvaises odeurs, le froid et l’air irrespirable, ils arrivèrent à Karafuto.

    M. Tokuno et les autres vivaient dans une école primaire. Trois personnes habitaient dans un espace de 3m². Il raconte que les toilettes étaient de gros trous creusés dans la cour de l’école et qu’il arrivait que certains tombent dedans et meurent. Il n’y avait ni chauffage ni bain, peu de nourriture et d’eau. Certaines personnes moururent de malnutrition. Le père de M. Tokuno, qui avait été premier lieutenant dans l’armée impériale, fut emmené comme prisonnier au nord de Karafuto pour y couper du bois.

    Au bout de soixante jours, un bateau arriva enfin et les ramena au Japon. La fille de la soeur de M. Tokuno, âgée de deux ans, mourut à bord, et sa mère cacha le corps pour éviter que les soldats ne le jettent par-dessus bord.

    De nos jours
    Depuis 2 000, on peut visiter Shikotan sans avoir à en faire la demande écrite. En 2001, M. Tokuno exauça son rêve et assista à la cérémonie de remise des diplômes de son école primaire. Le directeur de l’école de l’époque étant décédé, il fut remplacé par l’institutrice Toshi Suzuki, qui servit de modèle pour le personnage de Sawako.

    « Je vais à Shikotan deux fois par an. Je suis resté ami avec de nombreuses familles russes » s’amuse l’homme de 80 ans. Même quand les peuples sont à la merci des enjeux cruels de la guerre, ils créent des liens qui transcendent les frontières et les races. C’est cela que raconte le film L’île de Giovanni.

    L'ÉQUIPE DU FILM (1)

    Le réalisateur Mizuho Nishikubo entretient des liens étroits avec le studio Production I.G depuis sa création. Il a été le directeur de l’animation (sous son vrai nom, Toshihiko Nishikubo) de tous les films de Mamoru Oshii depuis Patlabor 2, à savoir Ghost in the Shell, Ghost in the Shell 2 : Innocence, et The Sky Crawlers.

    Ayant travaillé avec Nishikubo sur des titres historiques tels que Otogi Zoshi et Musashi : The Dream of the Last Samurai, le scénariste Yoshiki Sakurai raconte que Nishikubo était son premier choix pour réaliser L’Île de Giovanni, étant donné l’aspect très documentaire du film.

    L’île de Giovanni, un monde de décors créés par un argentin vivant en France
    Le style unique des décors dessinés par le directeur artistique Santiago Montiel est très caractéristique. C’est un style qui rappelle des coups de pinceau avec une perspective volontairement déformée. Pour créer cette esthétique rebaptisé « l’art aux traits de Santiago » par les membres de l’équipe d’animation, de nouvelles techniques ont été utilisées, comme prendre un design terminé et le redessiner en ajoutant de la distorsion aux traits, ou retirer des éléments peints à l’huile, les numériser, et s’en servir comme texture.

    Le style de Santiago est unique dans l’industrie de l’animation japonaise. Lui-même explique qu’il essaye de se rapprocher de l’atmosphère très japonaise de l’ukiyo-e et d’artistes comme Kawase Hasui. Il tente d’y amener des touches de couleurs s’inspirant de Vincent Van Gogh ou Egon Schiele, spécialement pour les scènes qui se déroulent sur l’île Sakhaline. Santiago a travaillé pour le studio d’animation français Ankama, mais également avec une équipe japonaise, quand la branche japonaise du studio réalisa un épisode spécial pour la série Wakfu, appelé Noximilien l’horloger.

    En plus de Santiago, Kosuke Hayashi et Kunihiko Inaba ont également été désignés en tant que directeurs artistiques. Hayashi et Inaba ont tous deux travaillé pour le studio Inspired, qui a créé les décors de Puella Magi Madoka Magica, et Inaba a également été directeur artistique sur Madoka. Le style de Santiago n’a pas seulement été utilisé pour les dessins des décors de L’île de Giovanni. On le retrouve également dans le design des véhicules. Pour être en adéquation avec les décors, les véhicules soviétiques, notamment, ont été dessinés en lignes déformées. C’est Masatsugu Arakawa qui s’en est chargé. Arakawa est un vétéran de l’animation, mais c’était la première fois qu’il se retrouvait en charge du design de véhicules.

    La CG ne fait pas exception à la règle. Pour créer une CG qui tirerait profit des décors de Santiago et du trait distinctif de Arakawa, le représentant d’Orange, LLC, Eiji Inomoto, a été sollicité en tant que directeur des CG. Il a travaillé sur Ghost in the Shell: S.A.C., Ghost in the Shell Arise et était en charge de la 3DCG sur Aquarion et Macross F. Sur L’île de Giovanni, il a utilisé ses techniques pour reproduire les mouvements des véhicules.

    L'ÉQUIPE DU FILM (2)

    À la recherche d’éléments historiques
    Que ce soit pour les dessins des décors ou les accessoires, il est indispensable de faire des recherches pour rendre les dessins les plus authentiques possibles. Très tôt, l’équipe du film se heurte au manque de documentation à sa disposition. Il y a peu d’informations sur la vie des habitants à Shikotan à cette époque, et il faut beaucoup de temps pour analyser le moindre document. Pour dessiner les voies de chemin de fer, ils visitent des musées et achètent de vrais décors. Pour les armes, véhicules et bateaux, ils achètent des maquettes.

    Les bâtiments et troupes soviétiques posent un vrai problème. En effet, beaucoup de bâtiments ont été détruits pendant la guerre dans la région de Hokkaido. L’équipe se sert beaucoup des sites touristiques, les « Herring Mansion », comme référence, consulte les archives historiques de Shikotan, et récrée les magasins et les maisons de Shikotan sur de larges panneaux. Pour dessiner les troupes soviétiques, ils consultent un professeur d’université spécialisé dans la culture russe afin d’en apprendre davantage sur l’époque, les rangs militaires et les coutumes.

    Toutes les recherches effectuées ont permis de coller au plus près de la réalité historique narrée dans L’île de Giovanni.

    Des personnages enjoués
    C’est Atsuko Fukushima qui a donné vie aux personnages. Elle a notamment travaillé sur Akira, Magnetic Rose (segment de l’omnibus Memories), Robot Carnival, Manie Manie – Les Histoires du labyrinthe et Kiki la petite sorcière.

    C’est Nobutake Ito, superviseur de l’animation, le concepteur des personnages, qui s’est chargé d’affiner les croquis de Fukushima. Il a travaillé en tant qu’animateur principal sur Samurai Champloo et Dennô Coil, et comme dessinateur des personnages et animateur principal sur The Tatami Galaxy. Les personnages de L’île de Giovanni sont conçus pour être simples, avec le minimum de traits possible. Même s’ils sont simples, les mouvements et expressions faciales de Junpei et Kanta ont la vitalité de leur jeunesse. À l’opposé, des dessins plus recherchés ont été effectués pour les adultes comme Tatsuo et Sawako, afin qu’ils fassent ressortir l’atmosphère de l’époque.

    En plus des personnages principaux, Ito a dessiné plus de 100 personnages, hommes et femmes, vieux et jeunes, des habitants de Shikotan aux soldats soviétiques, ainsi que les gens qu’ils rencontrent à Maoka / Kholmsk (NOTE : quand la Sakhaline du sud a été annexée à l’Union soviétique, tous les noms japonais ont été remplacés par des noms russes, c’est ainsi que Maoka est devenu Kholmsk).

    L'ÉQUIPE DU FILM (3)

    Artwork par soustraction
    Dans L’île de Giovanni, les scènes au présent et celles en 1945 (le plus gros du film) ne sont pas réalisées de la même façon. Les scènes au présent sont dessinées avec un souci de réalisme, à travers des niveaux de perspectives et des lignes droites. Ainsi, tous les personnages ont une ombre. à l’inverse, dans les scènes se déroulant en 1945, le travail artistique de Santiago est mis en avant : traits de pinceaux apparents et perspectives déformées. Une astuce permet également de ne pas faire apparaître les ombres des personnages.

    Si un terme pouvait décrire ce style artistique, on parlerait de « soustraction ». Lorsque les décors et les personnages sont dessinés de façon à les rendre plus réalistes, cela accroît le nombre d’informations visuelles à l’écran et les rend plus criards.

    INTERVIEW AVEC MIZUHO NISHIKUBOM (1)

    Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans le projet et quelle a été votre réaction quand on vous en a parlé ?
    J’ai toujours été intéressé par la période historique des années 30 et ce qui s’ensuivit, quand le Japon enchaînait les conflits. J’ai toujours voulu réaliser un film sur cette période de l’Histoire. Puis ce projet est arrivé sur mon bureau, mais il s’agissait d’une période de la guerre que je connaissais peu. Elle ne se situait pas sur le continent asiatique ni dans le Pacifique, mais sur une île isolée du nord et racontait le destin d’une famille et de deux frères, Junpei et Kanta. J’ai vu ce projet comme l’occasion de raconter un pan du passé oublié à travers le regard de deux enfants.

    Quelle approche avez-vous choisi pour aborder un sujet si délicat ?
    Nous avons pu utiliser une source d’information primaire inestimable. Cet homme, Hiroshi Tokuno, qui a servi de modèle pour le personnage principal, Junpei, nous a raconté son incroyable histoire, quand il vivait enfant sur l’île de Shikotan. La vie était paisible sur cette petite île sans électricité alors que tout autour, le monde était en guerre. Nous avons entendu des histoires de rivalités mais aussi d’amitiés multiculturelles entre des enfants japonais et russes, qui vécurent côte à côte sur l’île pendant deux ans… et bien d’autres choses encore. Nous pensions pouvoir parler de cette guerre d’un point de vue différent, et raconter une histoire méconnue de tous. J’ai tenté de retranscrire à l’écran le plus fidèlement possible cette vie quotidienne, même si l’animation est loin d’être réaliste. Nous avons effectué beaucoup de recherches pour recréer l’atmosphère de l’île de Shikotan en 1945. Nous avons également rencontré un professeur spécialisé en culture russe.

    Quelle était votre intention quand vous avez adapté cette oeuvre ?
    Nous voyons dans ce film l’histoire à travers le regard d’un garçon de 10 ans. Tout est de son point de vue. Je voulais néanmoins ajouter un élément fantastique à l’histoire, et je me suis inspiré de la nouvelle de Kenji Miyazawa, Train de nuit dans la Voie lactée (NOTE : une histoire philosophique qui parle de deux garçons, Giovanni et Campanella, qui débutent un voyage incroyable à travers la voie lactée à bord d’un train appelé « Train de nuit »). Cette nouvelle, et ce monde qu’elle dépeint, est une force conductrice psychologique pour les deux frères. Elle leur permet d’affronter toutes les difficultés et aussi de s’évader. Elle est également la clé pour interpréter les événements qui se déroulent. Je voulais lier ce film à un des thèmes de la nouvelle, mis en lumière par la phrase « Mais qu’estce donc que le vrai bonheur ? » Cela aide aussi à enrichir visuellement le film, en interrompant momentanément le contexte réaliste du film avec des éclats de couleur.

    INTERVIEW AVEC MIZUHO NISHIKUBOM (2)

    Qu’aimeriez-vous que les spectateurs retiennent de ce film ?
    J’ai tenté d’être le plus réaliste possible historiquement, sans chercher à interpréter les événements. Il n’y a pas de gentils ou de méchants. Le film ne cherche pas à véhiculer de message précis ou de thèse. Cependant, les meilleures intentions ne débouchent parfois pas sur un déroulement heureux. Je veux juste que les spectateurs vivent cette histoire à travers le regard de Junpei.

    Vous faites partie de cette génération née peu après la guerre. Quel est votre souvenir personnel de cette époque ?
    Quand l’armée impériale japonaise a envahi l’Asie, mon père avait 20 ans et était déployé en Birmanie. Ma famille vendait de l’alcool et comme mon père tenait les comptes, il servit dans l’armée en tant que comptable. Il a cependant été impliqué dans des échanges de coups de feu qui lui ont valu une cicatrice. Quand je suis sorti de l’université, je lui ai demandé de me raconter ce qu’il avait vécu à cette époque, s’il était fier de servir son pays ou s’il y allait à reculons, et il a m’a répondu : « Nous étions assujettis à l’humeur dominante de notre pays. » J’ai trouvé cette réponse honnête, qui témoignait bien de l’ambiance à cette époque. Je regrette encore de ne pas avoir pu lui poser plus de questions sur son vécu quand j’en avais la chance.

    Les personnages russes parlent en russe dans le film. Pouvez-vous nous raconter comment s’est passé le doublage ?
    Nous voulions que chaque personnage parle sa propre langue : les Japonais parlent japonais et les Soviétiques parlent russe. Cela faisait partie du réalisme que nous cherchions à retranscrire. Nous avons écrit un script en russe pour toutes les phrases en russe du film. Nous avons fait un enregistrement préliminaire à Tokyo avec deux acteurs russes, puis nous sommes allés à Moscou en septembre 2013 pour les sessions d’enregistrement. Le studio était très bien placé. Il était à quinze minutes à pied de notre hôtel. On passait devant la Russian Federation State Institute of Cinematography, et on saluait la statue de Andrei Tarkovsky avant de pénétrer le studio. Tous les doubleurs étaient formidables, notamment Polina Ilyushenko, qui jouait Tanya, l’héroïne russe du film. Tout s’est très bien passé grâce aux deux interprètes qui étaientsur place. Pour les chansons qu’on entend dans le film, nous avons utilisé un choeur professionnel d’enfants. Ils étaient si impressionnants et doués que j’ai dû les supplier de chanter davantage comme des enfants ordinaires, pour mieux coller au choeur d’enfants japonais.

    INTERVIEW AVEC MIZUHO NISHIKUBOM (3)

    Vous avez souvent collaboré avec Mamoru Oshii par le passé. Cela a-t-il influencé votre façon de faire ce film ?
    Je ne pense pas avoir été influencé sur le plan créatif et artistique, cependant on apprend beaucoup des méthodes de travail de Oshii. Une fois le programme établi, il fait en sorte qu’il soit respecté à la lettre. Beaucoup de réalisateurs sont très obstinés, mais lui voit également les choses sous l’angle du producteur, et cela fait la différence une fois le film au cinéma. Il parvient toujours à obtenir ce qu’il souhaite en y ajoutant une touche personnelle. Pour lui, il s’agit de sa culture proverbiale, qu’il retranscrit dans de longs dialogues. Pour moi, c’est la musique. J’accorde toujours beaucoup d’importance à la musique dans mes films. J’espère qu’elle vous plaira.

    En effet, la musique joue un rôle important dans ce film. On entend notamment à plusieurs reprises la célèbre chanson russe de Boris Fomin, Dorogoi Dlinnoyu / Дорогой длинною.
    Je voulais une chanson qui aide Junpei à se remémorer son passé, alors j’ai cherché une chanson qui était populaire en Union soviétique en 1945. Dorogoi Dlinnoyu correspondait parfaitement à ce que je cherchais. C’est une chanson mélancolique, les paroles évoquent des souvenirs douloureux qui reflètent en un sens les sentiments de Junpei pour Tanya. Les chansons jouent un rôle important dans l’interaction des enfants japonais et russes du film. Chaque groupe commence à chanter sa chanson pour supplanter l’autre, puis ces chansons leur permettent de communiquer entre eux et de dépasser la barrière de la langue. Le concours de chant entre Les Libellules rouges et Katioucha est une de mes scènes préférées. J’espère que vous l’aimerez tout autant.

    film

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    Details

    Titre original
    ジョバンニの島 (Giovanni No Shima)
    Genres :7+DrameDrame
    Reference (TV)
    giovanni_film
    Blu-Ray
    DVD
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